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Tribune de Jean BOISSONNAT

Pas si folles, les vaches
Les excès du productivisme agricole ne doivent pas masquer les progrès accomplis. Nous reproduisons avec l'aimable accord de l'auteur une tribune parue dans l'Expansion numéro 643 du 12 au 25 avril 2001

Après la crise de la "vache folle" et le retour foudroyant de l'épizootie de fièvre aphteuse, une partie de l'opinion se demande si, à son tour, l'agriculture n'a pas été frappée par les maux du modernisme : productivisme débridé, appât du gain, concurrence exacerbée. L'agriculture est sans aucun doute l'un des secteurs d'activité qui a le plus bougé depuis la guerre. C'est là que nous avons enregistré les gains de productivité les plus spectaculaires.

Avant la guerre, avec plus d'un quart de la population occupé à la terre, nous ne nous nourrissions pas nous-mêmes, alors qu'aujourd'hui avec un Français sur vingt travaillant dans l'agriculture, non seulement nous donnons à manger à une population française agrandie de moitié, mais nous contribuons largement à l'alimentation de toute l'Europe et au-delà.

L'agriculture est, avec le tourisme, l'un des postes les plus excédentaires de nos échanges avec l'extérieur. L'avons-nous fait au détriment de la santé publique ? Évidemment non si nous considérons que l'espérance de vie à la naissance est passée, chez nous, en un siècle, de 45 à près de 80 ans. Si nous mangions si mal, nous ne vivrions pas si vieux.

Il est vrai que cet effort n'a pas été gratuit. Il pèse sur les finances de l'État et sur celles de l'Europe. C'est le prix à payer pour sauvegarder non seulement notre indépendance alimentaire mais aussi pour l'entretien du territoire qui constitue un sous-produit essentiel de l'agriculture. Le paysan reste l'infirmier de l'espace, même s'il faut le mettre en garde contre certains excès dans le traitement des sols.
Socialement, ces gains de productivité dans l'agriculture, ont permis d'alléger sensiblement le poids de l'alimentation dans le budget des familles. Hier, dans une famille modeste, le coût des repas représentait plus de la moitié des dépenses ; aujourd'hui, c'est moins d'un cinquième. Non seulement nous mangeons mieux, mais nous mangeons moins cher.

A l'échelle mondiale, nous ne pouvons prétendre améliorer l'alimentation des six milliards d'êtres humains qui peuplent notre planète (quatre fois plus qu'il y a un siècle) sans poursuivre l'élévation de la productivité agricole avec toutes ses composantes scientifiques et économiques. Qu'il y faille de la rigueur, du discernement ainsi que quelques règles et contrôles, certes. Mais qu'on cesse de jeter le discrédit sur les noces des paysans avec la modernité.

N'en faisons pas une "réserve d'Indiens" pour touristes désoeuvrés.

 

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